L’unité de pensée ou l’esprit de Noël

SECTION TRADITIONS ET PHILOSOPHIES

Par Harvey Spencer Lewis


En cette époque de l’année (décembre), il existe un accord général parmi les peuples du monde occidental en ce qui concerne la pensée appropriée à adopter. C’est cette unité de pensée qui rend cette saison de congés significative et importante, que nous soyons juifs ou gentils, catholiques romains ou protestants, bouddhistes, musulmans ou autres, nous voyons les vacances de fin d’année avec une idée commune, l’image et la pensée de la paix et de l’amitié.

Bien que les vacances de Noël soient des congés purement chrétiens au sens religieux ou ecclésiastique, ce sont des vacances universelles dans les esprits des hommes, et les juifs et les gentils s’accordent pareillement sur l’idée que la période de Noël représente une expression d’amour et de fraternité, symbole de « paix ».

Dans de nombreuses régions du monde, la fin de l’année est la saison pour moissonner et récolter les abondantes bénédictions de la nature, et c’est naturellement un moment approprié pour que l’homme exprime sa gratitude et sa vénération à Dieu et au Cosmique pour les abondants bienfaits qu’il a reçus. Et la période de Noël aussi fut réellement une période de congés sacrée et symbolique dans l’esprit de plusieurs millions d’êtres humains bien avant que le 25 décembre fût fixé et proclamé comme la date de la naissance de Jésus-Christ. Dans l’Antiquité, nous voyons que ce jour-là, il était habituel de libérer des prisonniers, de faire des cadeaux aux amis et relations, de s’amuser, de se réjouir et d’exprimer de toutes les manières possibles l’idée de bonne volonté et de paix.

Il est plus qu’étrange que l’humanité depuis l’aube de la civilisation ait aimé focaliser ses expressions humaines et spirituelles à certaines périodes dans le temps et à établir certains congés pour l’expression de ces émotions universelles et humanitaires. C’est très probablement la raison de la création de congés d’un nombre d’heures limité.

Il est certain que l’humanité a toujours aimé la paix et l’amitié et qu’elle les a préférées à l’agitation, au malheur et à la guerre. Pourtant, au lieu que l’homme s’efforce d’exprimer cet amour de la paix et cet esprit d’amitié et de bonté chaque jour et de toutes les manières possibles, il s’est permis de faire la guerre et de combattre au cours de la plus grande partie des jours de l’année, puis, soudainement, il devenait tranquille, passif et amical pour 24 heures environ, tandis qu’il célébrait, ou participait à la célébration d’un jour précis, consacré exclusivement à l’expression de ce qui aurait dû être manifesté tout au long de l’année.

C’est pourquoi, alors que les hommes devraient éprouver de la reconnaissance envers Dieu et le Cosmique pour les abondantes bénédictions reçues tout au long de l’année, par un mutuel accord, ils focalisent la plus grande part de cette expression sur une journée, et ils attendent une proclamation nationale ou officielle relative au jour de l’année où cette expression devrait se manifester de manière plus intense. Aux États-Unis, ce jour est appelé Thanks giving Day (Jour d’actions de grâces). Dans beaucoup d’autres pays, il y a des jours similaires qui portent des noms différents et il en est de même en ce qui concerne l’expression de la paix et de la bonté. Dans le monde chrétien, le jour de Noël est le jour où l’on célèbre la paix et l’amour fraternel avec la naissance du plus grand maître qui ait jamais vécu.

Une grande partie de l’humanité en est venue à croire que tout l’esprit de paix et d’amour fraternel était symbolisé et exprimé au plus haut degré dans la conscience d’un grand conducteur qui vécut à une certaine période du passé. Mais l’homme semble oublier que, dans la conscience de chaque être humain, qu’il soit juif ou gentil, protestant ou catholique romain, et dans les cœurs, les esprits et les consciences de tous les autres, réside, tout au long de l’année en tant que partie permanente de leur nature, ce même esprit christique qui apporte le désir toujours plus grand de paix, d’amour, et d’amitié fraternelle.

L’esprit de paix ne naquit pas seulement dans la conscience d’un grand homme, à une certaine époque, il est né aussi dans la conscience de chaque être humain depuis que Dieu créa le premier homme et la première femme, et c’est chaque jour et à toute heure qu’il renaît dans la conscience de chaque enfant nouveau-né. Chacun de nous est donc un porteur de paix en puissance, et devrait penser, parler, prêcher et plaider en faveur de la paix et de l’amour fraternel au cours de chaque jour de l’année.

Mais, puisque l’homme a convenu de concentrer les pensées et activités de nature humanitaire lors de certains jours ou semaines, faisons le maximum durant ces périodes et essayons de compenser notre défaut d’expression au cours du reste de l’année. Essayons de faire quelque chose de nature précise et pratique pendant la saison des congés de Noël, non seulement en aidant à rendre plus permanent l’établissement de la paix entre les nations, mais en encourageant la paix universelle entre les gens de chaque pays, de chaque communauté et avec chaque voisin. Tentons d’accomplir envers les malheureux ce qu’ils espèrent et pour lequel ils prient, afin que cela leur vienne des mains des hommes.

N’oublions pas ceux qui sont seuls, prisonniers, malheureux ou infortunés. Ne soyons pas généreux uniquement avec nos parents et amis, et lorsque nous sommes animés par le sentiment du devoir et de l’obligation pour nos actes amicaux et nos dons aimables, mais pensons à ceux qui rêvent peut-être de la possibilité d’une telle expression de fraternité humaine et surprenons et encourageons leurs rêves, leurs espoirs et leurs aspirations.

Des millions d’infortunés, d’enfants malheureux, regardent encore l’esprit de Noël comme une idée théorique, éthérée, qui n’a jamais, jusqu’à maintenant obtenu sa pleine expression dans leurs vies, et pourtant, ils sont pleins d’espoir qu’un jour le miracle des miracles arrivera et que ce qu’ils ont rêvé se manifestera.

Entrer soudain et sans être attendus dans les vies de certains de ces enfants malheureux et infortunés, ou dans la vie de ces personnes âgées qui sont seules au monde et leur montrer que, sans devoir ou obligation, sans aucun autre motif que celui de l’esprit de Noël, cela ravivera leurs espoirs et leurs idéaux et rendra leur vie digne d’être vécue. L’humanité peut se souvenir d’eux et faire ce que le plus Grand Maître de paix du monde fit dans l’Antiquité. Et la joie et le bonheur qui entreront dans votre conscience pour avoir fait une chose comme celle-ci, ressembleront davantage à la joie et au bonheur de l’esprit de Noël que tout ce dont vous pouvez avoir fait l’expérience avant.

De la qualité ou de la nature des dons, rien n’égale en valeur ou en bénédiction, un mot aimable, une poignée de mains amicale et un accord sympathique que vous pouvez offrir et ce que vous donnez de vous-mêmes à certaines de ces personnes en quelques heures et sans aucune dépense matérielle. Ce n’est pas toujours la valeur d’un don matériel qui exprime l’esprit réel de cette période. Beaucoup de ceux qui sont coupés des autres, isolés ou séparés, ou beaucoup d’enfants malheureux, oubliés et négligés, n’ont aucune manière ou aucun moyen pour juger de la vraie valeur de tout don matériel qui peut leur être fait, mais leurs cœurs et leurs esprits évalueront toujours de manière adéquate les qualités spirituelles du don immatériel qui vient de votre cœur et de votre esprit. Aussi ne l’oubliez pas.

En tant qu’expression supplémentaire de votre respect et de vos remerciements pour la vie elle-même et pour les nombreuses opportunités que vous avez de la manifester, donnez quelque chose de votre cœur, de votre esprit et de votre joie à ceux qui sont seuls, tristes et malheureux, qu’ils soient jeunes ou vieux, qui se trouvent dans votre voisinage et que vous pouvez connaître. Ils peuvent encore maintenant être convaincus que le véritable esprit de Noël n’est pas quelque chose qui est oublié ou limité, mais qu’il est universellement abondant et qu’il est donné par ceux pour qui les expressions comptent le plus, à savoir par ceux qui ne sont pas motivés par le devoir, l’obligation ou toute autre idée que celle de permettre au moi spirituel intérieur de s’étendre et de développer les qualités spirituelles de toute l’humanité.

Extrait de : Harvey Spencer Lewis, Écrits d’un maître de la Rose-Croix, Diffusion Rosicrucienne, 2012.