La conscience dauphine

par Aline Charest, membre de l’Université Rose-Croix Internationale – Extrait de la Revue Rose-Croix n°201 – printemps 2002

« Le comportement des dauphins demeure une énigme pour l’Humanité, car ils témoignent d’une attitude philanthropique qui ne cesse de nous surprendre, remettant en question notre propre comportement face aux autres espèces vivant sur cette planète. Ainsi, pourquoi ont-ils toujours sauvé des hommes de la noyade ou dirigé des bateaux en mer ? Pourquoi, malgré les massacres dont ils sont victimes de la part des pêcheurs, refusent-ils de se défendre, préférant sacrifier leur vie ? Et pourquoi, surtout, ne manquent-ils jamais une occasion de communiquer avec les humains ? Plutarque (66 avant J,-C,) disait qu’ils possèdent la plus belle des qualités : « l’amitié désintéressée ». Les dauphins auraient-ils cultivé le langage gestuel de la non-violence, au point de devenir des sortes de « Gandhi de la mer » ? Des récits modernes racontent que des dauphins viennent à la rencontre des humains et continuent de leur apporter leur secours, comme le prouve l’histoire de ce garçon italien tombé à la mer, qui fut ramené jusqu’à la barque de son père par le dauphin Filippo, en août 2000.

A mesure que nous découvrons leur intelligence enjouée, leur comportement altruiste et leur grande capacité à communiquer, nous sommes confrontés à une question philosophique : les dauphins auraient-ils développé une « conscience dauphine » semblable à la conscience humaine ? Et comment reconnaître les signes d’un développement supérieur de la conscience chez les dauphins, baleines et autres cétacés ? Bref, le dauphin est-il un mythe, un animal évolué ou un être doué de conscience ?

Un être mythologique

Une relation privilégiée existe entre humains et dauphins depuis l’Antiquité. Dans la mythologie grecque, le dieu Poséidon est représenté fendant les flots sur un char tiré par des chevaux à la queue de poisson et soutenu par des dauphins. Le mythe dit qu’il aurait délégué un dauphin auprès d’Amphitrite (déesse de la mer) pour lui demander sa main. L’éloquence et l’habileté du dauphin finit par la convaincre d’épouser le dieu de la mer. Des sauvetages par des dauphins, tels que celui du fils de Poséidon, Taras, celui de Télémaque, le fils d’Ulysse, celui du poète Arion et bien d’autres, font partie des anciens récits grecs.

Une autre légende explique la fondation de Delphes, dont le nom viendrait de delphis, dauphin. Apollon aurait pris l’aspect d’un dauphin pour contraindre un vaisseau crétois à faire voile vers Crissa, dans le golfe de la mer de Corinthe, et une fois à terre, aurait fondé le sanctuaire qui lui est consacré. En Crète, dans le palais de Cnossos, on peut encore voir des dauphins souriants au-dessus du trône du roi Minos, peinture qui date de 1600 av. J.-C.

Les plus grands penseurs de l’Antiquité romaine ont reconnu l’intelligence et la particularité du dauphin : Plutarque, Pline, Ésope, Oppian, Cicéron, Hésiode… et plus près de nous, La Fontaine et Cuvier. Pline l’Ancien (60 après J.-C.), dans son Histoire naturelle, rapporte l’amitié qui unissait Hermias, un enfant de Lasos, et un dauphin. A la mort de l’enfant, le dauphin se laissa mourir de chagrin. Une autre histoire est relatée par Pline le Jeune (109 après J.-C.) à Hippo, ville côtière de Tunisie, où un dauphin offrit son amitié à un jeune garçon qui nageait au large, en le portant sur son dos jusqu’à la plage. Le jour suivant le dauphin revint, et une profonde amitié se lia entre eux.

Plutarque, dans son traité intitulé De l’Intelligence des animaux, écrivait que le dauphin possède un don envié par les plus grands philosophes : « Il n’a besoin d’aucun homme, et pourtant il est l’ami de tous les hommes et leur a souvent apporté une aide précieuse ».

Légendes maories

Dans d’autres pays, le dauphin est aussi entré dans la légende. En Égypte, il était un attribut du Nil. En Chine, le dauphin lipote passe pour être la réincarnation d’une princesse noyée. Et le boutou d’Amazonie, selon les Indiens, tombe parfois amoureux d’un être humain, qu’il tente alors d’entraîner dans les eaux.

Pour la tribu Ngatiwai de Nouvelle-Zélande, le dauphin est considéré comme un être humain dans la mer. Si un canoë ou un bateau se trouvent en difficulté, les dauphins apparaissent, et le naufragé en détresse les suit. « Dans le temps, les Maoris considéraient le dauphin comme une sorte de dieu ou de guide pour les diriger vers ce qu’ils désiraient connaître », raconte Waipu Pita, un ancien de la tribu. Les dauphins ont toujours aidé le peuple maori en difficulté sur l’océan. « Nous n’appelons les dauphins que si nous avons besoin d’aide sur une mer démontée, ou si nous voulons avoir des nouvelles de parents qui se trouvent au loin sur l’océan. Si un parent est malade quand un dauphin apparaît, il donnera un signe pour dire si oui ou non cette personne va  guérir ; ou si elle est rétablie. Nous pouvons le savoir à la façon dont il saute. » Et Waipu Pita ajoute que les dauphins savent toujours si vous êtes authentiques dans vos sentiments. « Si vous êtes authentiques, ils feront exactement ce que vous voulez ». Les relations maories avec les dauphins sont comparables à celles des anciens Grecs. Une vieille Maorie ajoute que, selon son peuple, si une personne atteint un niveau supérieur dans sa vie, elle devient dauphin ou baleine.

Dauphins ambassadeurs

Au XXe siècle, on retrouve des cas fréquents de dauphins qui s’approchent de certaines plages ou villages de France, d’Écosse, de Nouvelle-Zélande, et établissent un contact avec la population locale et les touristes. Ne serait-ce qu’en France, on a observé la visite de cinq dauphins ces dernières années: Jean-Louis, qui est en fait une dauphine ayant fréquenté les humains de la baie des Trépassés dans le Finistère en Bretagne, entre 1976 et 1988, et ailleurs Fanny, Marine, François, Dolly. En Nouvelle-Zélande, on en a répertorié plus d’une dizaine depuis le début du siècle, dont Opo, une dauphine de la famille des tursiops trancatus dits « grands dauphins», qui se lia d’amitié avec des enfants en vacances dans le village d’Opononide, en 1955-56.

Une femelle tursiops, nommée Charlie, fréquenta les côtes écossaises entre 1960 et 1967, sans oublier le fameux Donald, qui s’attacha à Port Erin sur l’île de Man dès janvier 1972. Au nord de l’Espagne, la dauphine Nina, décrite dans le livre Dauphins de Cousteau, secourut un plongeur terrassé par une crampe et se lia d’amitié avec ce dernier en 1972. En Australie, dans la baie grouillante de vie marine, nommée Shark Bay, existe le parc de caravanes de Monkey Mia, où, depuis deux décennies, se déroule l’une des plus extraordinaires amitiés entre des humains et des dauphins sauvages (les tursiops aductus).

Enfin en 1994, dans le village de Mezaïna au pied du mont Sinaï, un jeune bédouin, sourd et muet depuis l’âge de cinq ans, a réappris à parler grâce à l’affection que lui porta une dauphine, prénommée Oline, tel que cela est raconté par Pascale Noa Bercovitch dans Oline, le dauphin du miracle. Pour les scientifiques qui ont étudié les dauphins, ces comportements amicaux peuvent être le signe d’une intelligence supérieure. Qui dit intelligence suppose un système nerveux développé. Qu’en est-il du cerveau du dauphin?

Lobe paralimbique

John Lilly, un brillant neurologue américain, est le premier à avoir essayé de comprendre le système de communication et le cerveau particulier des dauphins. Au fil de ses recherches échelonnées sur trente ans, il a découvert que les dauphins avaient un système nerveux central extrêmement développé, qu’ils possédaient ce qui semble correspondre à un « centre du langage », tout comme chez l’homme, et qu’ils étaient capables d’imiter le rire humain. Il a constaté que la physiologie du cerveau des cétacés était particulière : juste avant leur néocortex s’est développé une couche tout à fait inconnue chez les autres espèces, que les chercheurs ont nommée « lobe paralimbique », regroupant dans la même place toutes les aires sensorielles et motrices qui, chez les autres mammifères supérieurs, sont disposées dans le néocortex. « Autrement dit, pour un dauphin, un son a forcément un goût ; une forme a toujours une rugosité ; ce qu’il voit, il l’entend, etc. Les humains aussi connaissent cela, mais de façon indirecte, imperceptible, car les liaisons entre les différentes aires corticales des mammifères terrestres dépendent de longs et lents parcours fibreux. Chez les cétacés, ces liaisons sont immédiates », résume Patrice van Eersel, dans Le Cinquième Rêve.

De même, Gregory Bateson, un anthropologue qui étudie les relations à l’intérieur d’un groupe de dauphins captifs d’Hawaï, remarque leur capacité à assimiler vite, non seulement de nouveaux tours, mais la notion même « d’inventer des tours ». Autrement dit, les dauphins ont la capacité d’accéder au niveau mental supérieur de Ia « catégorie », ce qu’aucun autre animal, hormis I’Homo sapiens, n’a su atteindre jusqu’ici. Mais la capacité qui dépasse l’homme, chez le dauphin, c’est la complexité de son langage.

Hologrammes sonores

Afin de comprendre les systèmes sensoriels des cétacés et leurs capacités acoustiques, John Lilly établit que les fréquences sonores utilisées par les dauphins étaient quatre fois et demie plus rapides que celles utilisées par les hommes, ce qui correspond à la différence entre la vitesse de diffusion du son dans l’eau et dans l’air. En fait, la fenêtre acoustique du dauphin va de 20 à 200 000 hertz, alors que l’oreille humaine n’entend qu’entre 20 et 20 000 hertz. Lilly qualifiera d’interlock la communication inter espèces, avançant que l’obstacle à surmonter est ce qui sépare les fréquences utilisées par les deux espèces. Car si pour l’homme, la réalité est une création mentale construite par des sens à prédominance visuelle, pour le dauphin, la réalité est façonnée par le tracé du sonar, qui peut lui fournir autant d’informations que les rayons X, l’holographie et les infrarouges combinés en un seul système.

John Lilly, en enregistrant sur ordinateur le langage audible entre deux dauphins, constitué de sifflements et de cliquetis, distingua un troisième son de très basse fréquence, comme un « battement », non perceptible à l’oreille humaine. Mis sur écran cathodique, ces battements se traduisirent en figures géométriques, et prirent la forme d’une étoile à quatre branches. Notre scientifique appellera ce nouveau phénomène « stéréo phonation », faisant une analogie avec un être capable de modeler les sons comme nous modelons la terre glaise, ou de créer des hologrammes sonores.

Enfin, dans son article Body State Conununication among Cetaceans paru en 1976, John Sutphen suggère qu’avec les trois « canaux » de sonar dont ils disposent, les cétacés peuvent  « voir-lire-écouter » le cœur et le cerveau de chacun de leurs congénères. Il ne peut y avoir de tromperie : la santé et le bien-être, peut-être la colère et sûrement la peur sont immédiatement décelables. « Quand vous nagez avec l’un d’entre eux, il est constamment conscient de votre santé, de votre état général, de votre physiologie et de votre degré d’émotion. Vous ne pouvez ni mentir ni dissimuler,  et en aucun cas faire semblant », dit Lyall Watson, qui a navigué autour du monde pendant 10 ans et a pu observer 82 espèces de cétacés.

Un centre de recherches sur les cétacés a été créé aux îles Seychelles, pour explorer des passerelles de communication avec les cétacés, en tant qu’êtres intelligents. Mais, se demandent les scientifiques, à quoi peut servir une intelligence qui semble aussi complexe que la nôtre, et qui n’a inventé ni outils, ni productions matérielles, ni aucune œuvre palpable ?

Mimiques expérimentales

Wade Doak, anthropologue, plongeur et cinéaste, a sillonné les mers du Sud avec sa femme et leurs enfants. Pendant trois ans, ils ont mené les expériences du projet Interlock, mis en avant par John Lilly, qui les amenait à rencontrer des dauphins dans leur élément naturel au large de la Nouvelle-Zélande. Ils ont compris que pour initier la communication avec des dauphins, ils devaient suivre une certaine éthique, soit « établir une confiance mutuelle avant de pénétrer dans l’eau », rapporte Wade Doak, les dauphins refusant tout contact avant qu’ils en aient pris l’initiative.

L’une des expériences consistait à produire des sons à travers un long tuyau immergé, qu’un dauphin pourrait facilement imiter avec son évent. « Alors, tout a commencé! Si je soufflais une grosse bulle dans le tuyau, le dauphin venait juste sous moi et relâchait aussi une grosse bulle. Puis je fis un son, en même temps que la bulle, et le dauphin fit de même. Alors je me mis à faire des bruits différents, tout en parlant à travers le tuyau … et le dauphin se mit à répondre avec des sons incroyables, que nous n’avions jamais entendus auparavant», raconte Jan dans Ambassadeur des dauphins. Le comportement du dauphin montrait qu’il était excité de recevoir une réponse humaine, à chaque fois qu’il finissait une séquence sonore. Après un certain temps, le dauphin commença à surpasser son mentor. Il avait si parfaitement maîtrisé le son émis par son évent (ce n’est pas une voie normale pour un dauphin), qu’il était impossible de le suivre. « Il nous montra combien de nuances et de variations il pouvait crée, mêlant les bruits des bulles avec des séries de clics, tout en modifiant ces derniers de telle façon que, en bas de la gamme, ils faisaient le même bruit que lorsqu’on passe un ongle sur les dents d’un peigne à différentes vitesses, produisant ainsi différentes tonalités. »

Quand Hardy Jones filma une suite à son film Dolphin en 1980, il remarqua une modification dans la nage des dauphins. Un mâle, nommé Jagged, se laissait couler jusqu’à ce qu’il se retrouve « debout » sur le fond. Puis il demeurait couché sur le ventre dans le sable, avant de se remettre lentement en position verticale. Des mois plus tard, en visionnant cette étonnante séquence, il comprit que le dauphin avait copié leurs descentes avec l’équipement, caméras et générateur de son, qu’il avait mimé leurs actions humaines. Selon la femme de Hardy, Julia Whitty, qui est biologiste, ils avaient sous les yeux un exemple de ce que les béhavioristes nomment « mimique expérimentale », c’est-à-dire l’imitation d’une action pour comprendre ce qu’elle veut dire. «  Quelque chose que les enfants font souvent, au même titre que les grands singes et les chimpanzés, mais quelque chose qu’un chien ne fera jamais. »

Wade Doak et Jan ont aussi noté que les dauphins reconnaissent facilement certains individus à leur voix ou à leur apparence, montrant une préférence pour la compagnie de personnes sensibles et intuitives. « Si nous ne réagissons pas aux dauphins d’une façon joyeuse et communicative, nous leur semblons ennuyeux. Et il n’est pas anthropomorphique de les traiter comme des villageois d’une culture complètement étrangère. En effet, comme certains enfants des îles, les dauphins peuvent parfois imiter, jusqu’à la caricature, nos grossières tentatives de les approcher. C’est le début d’une communication par le langage corporel, très semblable à celui qui se développe entre des personnes de cultures différentes. »

Création musicale

Tous ceux qui ont fréquenté longtemps les cétacés sont unanimes pour dire que le moyen de communication privilégié est la musique. « Les cétacés ont le plus merveilleux système auditif qui soit sur la planète. Leur ouïe est raffinée. La nôtre est bonne, la leur est raffinée », dit le biologiste Paul Spong, qui travaille avec des orques du Canada.

Jim Nollman a joué de la musique avec des orques du Canada et des dauphins d’Hawaï. Divers morceaux de musique ont été présentés aux dauphins, dans l’eau comme dans l’air, de Pink Floyd à Bach, en passant par Haendel et de la musique reconstituée électroniquement à partir de chants de baleines ou de sons de dauphins enregistrés. Il semble que l’instrument qu’ils apprécient le plus soit la flûte, peut-être à cause du son aigu. Quoi qu’il en soit, les dauphins réagissent avec plaisir à toute musique, en s’approchant de sa source et souvent en répondant avec des bruits d’air de leur évent, allant jusqu’à ajouter des notes de leur cru aux partitions jouées. Or, la capacité de créer fait appel à la mémoire, la réflexion et l’imagination, facultés subjectives qui sont le propre de la conscience objective chez l’homme.

Langage informatique

Trois programmes américains de recherche ont été orientés vers des dauphins tursiops captifs, pour essayer de leur apprendre le langage humain. Louis Herman, à Hawaï, a enseigné séparément à deux dauphins des langages artificiels. L’un des langages était auditif, avec des sifflements produits par ordinateur; l’autre était visuel, utilisant les gestes du bras ou de la main. Non seulement ces dauphins ont très bien développé leur faculté d’apprentissage, mais les chercheurs ont pu constater un transfert d’informations de l’un à l’autre, en ce qui concernait ces deux langages. Louis Herman a poursuivi une étude à long terme sur les capacités des dauphins captifs à comprendre des ordres donnés par signes ou par langage acoustique. Son article : Comprehension of sentences by bottlenose dolphins, conclut qu’ils ont la capacité « de traiter les aspects sémantiques et syntaxiques des phrases », que leur performance, comparée aux tests pratiqués sur de jeunes enfants, est considérée comme « bien développée». 

Le scientifique John Lilly a créé le Programme Janus, consistant en un langage informatique pouvant interagir avec des dauphins, en utilisant les hautes fréquences qui leur sont habituelles. Dans un échange, des dauphins captifs se sont montrés aussi performants que l’ordinateur pour produire de brusques changements de hautes fréquences. Et dans un récent documentaire télévisé, des dauphins ont décodé rapidement les images bidimensionnelles transmises par un écran informatique placé sous l’eau… ce que n’avaient pu faire, à ce jour, que les primates supérieurs comme l’homme. Or, nous savons que pour apprendre un langage structuré et décoder des symboles, il faut une intelligence qui, au-delà de la perception sensorielle, est capable de réfléchir sur les impressions reçues.

Poème télépathique

Les chercheurs ont aussi constaté que les dauphins répondaient aux gestes d’un homme aux yeux bandés, avant même qu’il ait achevé son mouvement. S’agit-il de télépathie ou l’explication réside-t-elle dans l’angle de vision du dauphin (de 120 degrés) lui permettant de réagir aux signaux avant qu’ils ne soient complétés ?

Pour mieux évaluer les facultés extrasensorielles des dauphins, Richard et Cherie Gierek, du New Frontiers Institute d’Antioche, ont exploré les possibilités de communication télépathique avec les dauphins par l’intermédiaire d’un groupe sous hypnose. Et Jeffrey Mishlove, de San Francisco, a organisé une rencontre avec le Groupe Moebius, une équipe de recherche parapsychologique basée à Los Angeles, qui utilise les perceptions extrasensorielles pour localiser aussi bien des ruines sous-marines à Alexandrie, en Égypte, que des vestiges mayas à Cozumel, et qui souhaitait travailler avec des dauphins.

Wade Doak, ce globe-trotter des mers du Sud, raconte avoir observé, pendant près de deux heures, dans la baie Keakakekua en Nouvelle-Zélande, des dauphins stenella sauter et retomber en parfait synchronisme avec les pensées et le poème qu’il écrivait sur l’océan, L’Homme et les dauphins. « Quelque chose que je n’arrive pas à croire, après coup, et dont je me souviens pourtant clairement, comme les images arrêtées d’un film », écrit-il. Un autre jour, épuisé par la concentration que demandait sa communication avec un dauphin prénommé Rampal, il rapporte cette expérience troublante : « J’avais la tête qui voulait éclater. Alors le dauphin fit une chose incroyable. Il nagea jusqu’à nous en surface, puis, lentement, il incurva son corps comme une banane, la tête et la queue sortis de l’eau, le dos tout plissé. Même les lobes de sa queue étaient courbés vers le haut. Il ouvrit son évent en grand, relâchant l’air librement, et se laissa couler: là, il tourna à 180 degrés et fonça de l’autre côté de la rivière vers sa bouée d’ancrage favorite. C’était là le langage corporel le plus clair qu’on puisse imaginer pour dire: « Je suis épuisé. Ça suffit comme ça ». Nous étions stupéfiés de la façon dont il avait partagé nos sentiments. » Bref, l’intuition et les facultés extrasensorielles dont semblent dotés les dauphins sont des facultés psychiques généralement rattachées au subconscient.

Expériences intérieures

Les personnes qui ont approché, seules, des dauphins pendant un certain temps, disent avoir vécu une expérience profonde, qu’elles qualifient volontiers de « spirituelle ». Il en est ainsi d’un jeune dentiste de Whangarei, qui surfait en février 1979, seul, à Sandy Bay en Nouvelle-Zélande, et qui a été accompagné pendant 45 minutes par des dauphins communs, qui semblaient vouloir lui apprendre quelque chose en l’imitant, et qui « surfèrent » plusieurs fois près de lui jusqu’à la plage. Pour ce jeune homme, être seul avec les dauphins fut une expérience intense, proche de la transe.

Meda MacKenzie, une nageuse de 16 ans, traverse depuis des années le détroit de Cook, de l’île de Kapiti à la terre ferme, toujours accompagnée de dauphins. Elle est surnommée par les pêcheurs de Island Bay, la « fille dauphin ». Elle décrit ainsi son histoire : « J’ai eu un certain nombre de rencontres avec les dauphins et je me sens un lien particulier avec eux, car ils apparaissent toujours quand je nage dans le détroit de Cook. Je suis sûre qu’ils viennent pour me protéger, surtout quand je nage dans le noir, car je peux les entendre s’appeler longtemps avant qu’ils ne me rejoignent. » 

Jim Nollman, musicien, improvise du tam-tam sous-marin dans l’île Hanson en Colombie-Britannique, et les orques viennent l’écouter et répondre de façon sonore, comme s’ils composaient une chanson. « La communication entre nous était de la plus haute qualité. A un certain point, nous avons simultanément changé de ton, comme si nous connaissions à l’avance le morceau que nous étions en train de jouer. Pour moi, aussi bien que pour tous les techniciens du son qui étaient présents, cet après-midi-là fut l’expérience la plus proche du satori que nous ayons jamais vécue. Je n’avais jamais ressenti une telle proximité, une telle « identité » auparavant. »  Ruth Samuels exprime ce qu’elle a ressenti, comme la plupart des personnes qui ont approché les dauphins : « J’étais une parmi les dauphins, une parmi l’univers. J’ai connu la joie en leur compagnie. Une telle montée de sensations, un plaisir si pur. » Comment une telle communion intérieure est-elle possible, sans faire appel à une forme d’harmonisation cosmique ?

La conscience des cétacés

Depuis plusieurs années, John Lilly propose qu’on établisse des droits légaux pour les cétacés. Il a démontré l’existence de codes éthiques existant entre les dauphins, et la nécessité d’investir en matière de communication avec eux : « Nous devons apprendre leurs besoins, leur éthique, pour mieux découvrir qui nous sommes sur cette planète, dans cette galaxie. Nous pouvons, si nous nous en donnons le mal, communiquer avec eux. Lorsque nous briserons la barrière de communication, alors nous pourrons établir nos différences et nos correspondances mutuelles. »

Jim Loomis, qui a fondé la Cetacean Relations Society en 1973, à Maui, Hawaï, se définit comme un « Homo delphinus ». Il avance que les dauphins sont nos maîtres si nous désirons entrer dans la danse cosmique. Car l’approche de la conscience des cétacés mène à une nouvelle perspective pour l’homme : se tourner vers le bi centrisme essentiel pour la survie de la planète. « L’homme moderne se tourne de plus en plus vers la technologie pour résoudre ses détresses. Du point de vue d’un mammifère hautement encéphalisé, doué d’un gros cerveau, qui a évolué sans aucun besoin de technologie, cet outil est devenu une béquille pour la survie des humains », soutient Jim Loomis.

Voici les conclusions de Jim Hundnall et Ann Spurgeon, chercheurs américains en cétologie, qui ont eu des expériences avec les dauphins de Monkey Mia : « Nous avons souvent regardé dans les yeux des dauphins, et la qualité de leur regard en retour ne ressemblait à celle d’aucun autre animal que nous ayons connu. Si l’espèce humaine apprend à devenir plus douce, ouverte et compatissante envers d’autres formes de vie, Monkey Mia peut être un prototype pour le futur: »

Le rêve du dauphin

Si le dauphin n’est qu’un animal très évolué, il est certainement le maillon de l’évolution le plus proche de l’homme. Mais si, connue nous en avons posé le postulat, il est capable de pensée, d’imagination, de création et de communication, s’il peut manifester des facultés supérieures telles que l’intuition, l’amitié, l’amour et l’altruisme, on peut le croire doué d’une conscience semblable à la nôtre, quoique différente dans sa manifestation parce qu’ayant évolué dans un environnement différent.

Une vieille légende cherokee raconte que la baleine « rêve l’homme », qui serait le cinquième rêve du Grand Esprit, après la lumière, le cristal, l’arbre et la baleine. Peut-être les dauphins rêvent-ils, depuis un demi-million d’années, que la conscience humaine s’élargisse et soit enfin prête à la rencontre inter-espèces la plus importante depuis les débuts de l’Humanité… »

Bibliographie

  • Barloy Jean-Jacques et Ehrhardt JeanPaul, Notre ami le dauphin, France-Empire, 1974.
  • Bateson Gregory, Communication et Société, Seuil, 1988.
  • Bercovitch Pascale Noa, Oline, Le dauphin du miracle, Laffont, 1999.
  • Cousteau Jean-Jacques, Les dauphins et la liberté, Arthaud, 1994.
  • Doak Wade, Ambassadeur des dauphins, J.-C. Lattès, 1993.
  • Eersel Patrick van, Le Cinquième Rêve, Grasset, 1993.
  • Lilly John, L’Homme et le Dauphin, Stock, 1961.
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  • Nollman Jim, Écologie spirituelle, Genève, Jouvence, 1991.
  • Plutarque, L’Intelligence des animaux, Al’léa, 1991.
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