La notion et l’existence de Dieu dans la tradition chinoise

Dieu dans la tradition chinoise

SECTION TRADITIONS ET PHILOSOPHIES

Par Michel Bresset, membre de l’Université Rose-Croix Internationale


Avant d’essayer d’entrevoir la présence de Dieu ou d’un Dieu dans la tradition chinoise, il serait utile de relire l’article du même auteur, « Le temps dans le symbolisme chinois et sa relation avec l’univers et le quotidien », dans l’ouvrage collégial « Le temps » (Diffusion Rosicrucienne, collection U.R.C.I.), afin de se remémorer les principes de base de cette tradition plusieurs fois millénaire.

Est volontairement exclue toute référence au catholicisme présent en Chine depuis au moins le XVIIe siècle, lors d’une mission de jésuites envoyés par le roi Louis XIV, et qui a continué à se transmettre clandestinement pendant la Révolution culturelle… C’est ainsi que j’ai eu l’occasion d’assister à la première messe de minuit à Canton en 1981-82. Outre le bonheur des paroissiens de pouvoir assister enfin, et en toute liberté, à leur culte, il était impressionnant de constater que l’assistance était particulièrement jeune, voire très jeune. La transmission de la foi avait donc été transmise dans la clandestinité pendant cette période de lutte civile. Le culte était dit en latin et pourtant écrit sur les « livres de messe » en caractères chinois. Un exemple amusant : les caractères 我門(women, qui veut dire « nous ») représentent, dans le texte rituélique de la messe, le mot « Amen. » De même la forte minorité musulmane ne sera pas évoquée. Il faut signaler que pendant cette même période difficile, les billets de l’État chinois étaient imprimés, non seulement en idéogrammes, mais également en caractères arabes. Ne parlons pas non plus, ni du Confucianisme, ni du Bouddhisme, ces philosophies ne rentrant pas dans le cadre de notre sujet.

Pendant la Révolution culturelle, seuls les temples des « ancêtres » étaient restés ouverts au public, comme par exemple celui de FoShan, près de Canton. Les lieux de culte ont été à nouveau accessibles dans le début des années 1980, les prêtres et les moines ayant été prisonniers dans leur propres monastères et églises.

Dans la Tradition chinoise, nous pouvons trouver une cosmogonie et une chronologie de la Création du monde que nous allons essayer de comparer à celle de la Création dans la Bible. De même, et cela est mentionné dans l’ouvrage cité « Le temps », la Création est expliquée par une symbolique des nombres.

La cosmogonie chinoise fait état de la Création du monde à partir d’un oeuf primordial issu du chaos, dont surgit un dieu originel nommé Pan Gu. Ce dernier se développa pendant dix-huit mille ans à l’intérieur de l’oeuf, avant de le fendre et de séparer les éléments légers et transparents des éléments plus lourds et opaques, donnant ainsi naissance respectivement au ciel et à la terre. Pendant également dix-huit mille ans, Pan Gu maintint ces éléments séparés jusqu’à leur solidification, puis il se reposa et mourut. De son souffle naquirent le vent et les nuages. De sa transpiration jaillirent la pluie et la rosée, sa voix devint le tonnerre, son oeil gauche le Soleil, le droit la Lune, ses cheveux et ses moustaches les étoiles dans le ciel. Les autres parties de son corps donnèrent naissance aux montagnes, aux fleuves, aux plantes, aux arbres, aux métaux, etc. Apparurent alors les Trois Augustes : Fu Xi, Nu Guo, son épouse, et Shen Nong, les souverains mythiques qui fondèrent la civilisation chinoise. Puis suivirent les Cinq Empereurs ; chacun était lié à l’un des cinq éléments expliquant le fonctionnement de l’univers : le métal, le bois, l’eau, le feu et la terre.

Dans la mise en place de la pensée chinoise, nous voyons que nous partons de personnages mythiques, Pan Gu et les Trois Augustes, pour arriver à un raisonnement sur la Création du monde et de la matière par les nombres : cinq empereurs représentant les cinq éléments. Dans le Nei Jing, le plus ancien ouvrage de médecine chinoise traditionnelle, vraisemblablement écrit entre ~500 et ~206, nous pouvons lire : « Obéissant au Dao, les anciens se modelaient sur le yin-yang et se conformaient aux nombres. » Le Dao est à la fois science et règle de vie. Pour bien se situer au milieu de la Création, l’homme a en effet besoin de certaines connaissances concernant le ciel, la terre et ses propres rapports avec ces derniers. C’est pourquoi on distingue le Dao du ciel (l’astronomie), celui de la terre (la géographie), et celui de l’homme (l’harmonie de l’homme avec son environnement).

La pensée chinoise, empreinte de l’observation de l’univers, va donc tenter d’expliquer la Création par une symbolique des nombres. Le 0 représente le vide initial ; 2, 3 et 4, les conditions nécessaires à l’apparition de la vie ; 5 et 6, les manifestations de la vie ; 7, 8, 9 et 10, le devenir. Cette symbolique, don de Pan Gu, ne peut faire suite qu’au chaos qui va lui donner naissance. Elle va révéler des notions universelles telles que celles de rythme, d’ordre, d’harmonie et d’équilibre, sans lesquelles la Création ne saurait être un univers propice à la vie et la volonté d’un Dieu insaisissable.

Nous nous proposons d’étudier ici la symbolique des nombres 0 à 6, relative à la Création, dans la tradition chinoise. Nous verrons que les notions qu’elle dévoile ne sont pas sans rappeler celles d’autres Traditions. Nous pourrons ainsi établir des parallèles avec certains passages de la Bible comme le livre de la Genèse ou le prologue de l’Évangile de Jean, la philosophie de Pythagore, mais aussi certains arcanes du tarot. […]