La synchronicité du point de vue de la physique quantique

Modélisation acausale de l’univers

Lorsque les scientifiques se sont mis à examiner l’infiniment petit, le corpus théorique de la physique classique « macroscopique » ne suffisait plus pour expliquer de nombreux phénomènes mis en évidence. Notre propos n’est pas d’être exhaustif quant à la description des étapes majeures de cette révolution conceptuelle, car là n’est pas notre sujet, mais bien de souligner que les découvertes dans ce domaine depuis plus d’un siècle, et plus particulièrement depuis le début du XXIe siècle, donnent de la crédibilité et des pistes de recherches pour une meilleure compréhension des phénomènes de synchronicité.

Tout commença avec la théorie proposée par Max Planck en 1900, qui tente de modéliser le comportement de l’énergie à très petite échelle à l’aide des quanta, quantités discontinues, créant un pont entre la physique classique et une nouvelle approche que l’on qualifiera de physique quantique, et dont la pierre angulaire, la mécanique quantique, naîtra vers 1925. La mécanique quantique s’attache, entre autres, à étudier les interactions entre les propriétés des atomes et celles de la lumière : les électrons et les champs électromagnétiques à l’origine de la lumière y sont observés sous leur double aspect ondulatoire et corpusculaire. De nombreux scientifiques, tels Einstein, Bohr, Pauli, de Broglie, la développeront et seront amenés à proposer une nouvelle vision du monde. Dès lors, les nouveaux champs d’investigation mêlant théorie ondulatoire et corpusculaire, matière, énergie, lumière et portage de l’information avaient de quoi affoler certains scientifiques, comme le diront plus tard David Bohm et Basil Hiley en répondant aux contradicteurs du concept de « non-localité » : « Au début du développement de la science, il y eut un long combat pour se libérer de ce qui pourrait bien avoir été perçu comme des superstitions primitives et des notions magiques, où la non-localité était clairement une notion clef.

« Peut-être reste-t-il une peur profondément enracinée que le simple fait de considérer l’idée de non-localité puisse rouvrir les vannes qui nous protègent de ce qui est perçu comme des pensées irrationnelles tapies sous la surface de la culture moderne. »

La recherche par les physiciens quantiques d’un « principe unifiant » corroborait l’intuition jungienne d’un inconscient collectif et suscita chez Pauli un questionnement le poussant à effectuer de nombreuses recherches philosophiques pour essayer de définir un « principe métaphysique d’unité », une sorte de physique de « l’arrière-fond » selon la traduction de Michel Cazenave. Pauli se demandait si, dans la matière dont nous bâtissons notre propre représentation de la réalité, il n’y avait pas des choses qui auraient leur source dans l’inconscient de l’observateur.

Mais il a fallu un long et encore hésitant parcours pour que de plus en plus de scientifiques acceptent d’orienter leurs recherches hors des sentiers balisés de la physique classique.

En effet, la mécanique quantique, non déterministe mais prédictive quant aux probabilités des résultats obtenus après une première mesure, a créé de nombreuses polémiques et soulevé la question philosophique de la notion de réalité. La physique quantique suggère entre autres que ce que nous considérons comme « réalité » possède une infinité théorique d’états simultanés (concept de « superposition d’états ») quand elle n’est pas perturbée par une observation qui la fige alors dans un état particulier (concept de « réduction du paquet d’ondes »). Cette hypothèse de recherche choquait tellement à l’époque qu’un des théoriciens, Erwin Schrödinger, imagina une « expérience de pensée » — il n’était pas nécessaire de la réaliser effectivement — : on enferme un chat dans une boîte et un dispositif aléatoire le soumet à une inhalation de gaz toxique ; selon les nouveaux principes de la mécanique quantique, tant qu’on n’a pas pu vérifier l’état d’un corpuscule atomique, il peut être dans plusieurs états simultanés ; Schrödinger utilise cette affirmation pour dire qu’avant d’ouvrir la boîte et de constater que le chat est soit mort, soit encore vivant, il pouvait être théoriquement les deux à la fois. Bien sûr, cette « expérience » n’avait été imaginée que pour prouver les apparentes incohérences de la physique quantique. Le chat n’étant pas à proprement parler un « objet quantique », car il n’appartient pas au monde de l’infiniment petit, la démonstration n’était pas probante, mais elle avait néanmoins un grand intérêt sur le plan théorique.

Un autre théoricien émettra une autre hypothèse visant à résoudre le paradoxe du chat de Schrödinger. En effet, dans la théorie des mondes multiples d’Everett, chaque événement est une bifurcation : le chat est à la fois mort et vivant, avant même l’ouverture de la boîte, mais le chat mort et le chat vivant existent dans des bifurcations différentes de l’univers, qui sont toutes aussi réelles les unes que les autres. Nous reviendrons sur la réversibilité des lois de la physique en abordant le problème du temps.

Principes de non-localisation et d’intrication

Ce qui nous intéresse ici, c’est que les découvertes de la physique quantique prouvent que des événements peuvent être corrélés de façon acausale. Sans entrer dans une description longue et fastidieuse pour les non-spécialistes, je citerai quelques exemples parmi les plus connus, tel le principe d’« intrication quantique ».

Les physiciens quantiques ont découvert que des particules, même très éloignées, lorsqu’elles ont été en contact, gardent une « empreinte » de ce contact et réagissent simultanément, cela contredisant ce que l’on pensait préalablement, à savoir que la distance supprimait toute possibilité d’influencer pareillement deux particules très éloignées l’une de l’autre, principe de « localisation » en physique classique. Ce constat d’« intrication » a poussé Albert Einstein et deux de ses collègues, Nathan Rosen et Boris Podolsky, à imaginer en 1935 une expérience nommée « l’effet EPR » : deux particules ayant interagi, par exemple un ion se désintégrant en donnant un électron et un positron, forment un tout indissociable, quelles que soient les distances les séparant. Effectuer une mesure sur l’une des particules (déterminer sa position, par exemple) influence instantanément l’état de l’autre et la capacité à mesurer son impulsion. En effet, dans ce cas précis, la conservation de l’impulsion implique que les deux particules ont la même valeur, mais de sens opposés (valeur de spin).

Cette expérience a suscité beaucoup de controverses entre Niels Bohr et Albert Einstein, car, pour ce dernier, elle contredisait son postulat de relativité restreinte selon lequel il était impossible de dépasser la limite de la vitesse de la lumière. En effet, comment la deuxième particule peut-elle être instantanément informée et s’adapter pour continuer à former un tout cohérent, même si des années-lumière séparent les deux particules ? Pourtant, l’intrication quantique et son corollaire de non-localisation seront confirmés expérimentalement par John Bell, puis par Alain Aspect.

Confirmation scientifique d’un « monde unifié »

L’apparent paradoxe de la découverte de ce « principe de non-localisation » n’a pu être résolu qu’en admettant que ces particules puissent se comporter de façon corrélée parce qu’elles baigneraient dans un continuum d’espace-temps porteur d’information.

David Bohm présenta en 1993 la « théorie de l’ordre implicite » selon laquelle la réalité « s’implie », c’est-à-dire est dans un état non fragmenté, ou se déplie comme un hologramme. Il avait repris en 1980 la « théorie de l’onde pilote » déjà émise par de Broglie en 1927 : cette onde de guidage agirait comme un champ d’information. Selon David Bohm, « nous nous accrochons dans une large mesure au monde manifeste considéré comme la réalité fondamentale où l’important consiste à disposer d’unités séparées, relativement tout au moins, mais en interaction. Dans la réalité non manifestée, tout s’interpénètre, tout est interrelié ».

L’espace-temps de l’ordre explicite (manifesté) se développe à partir de l’ordre implicite.  On retrouve là la notion d’un « monde unifié » possédant une espèce de « savoir absolu » organisationnel, ce que, dans certaines traditions ésotériques, on appelle « l’intelligence cosmique » ou encore « le fond mémorial akashique de l’univers ».

Champ Akashique de l’univers

Ce concept a été particulièrement étudié par le docteur Ervin Laszlo à propos du nouveau paradigme scientifique connu sous le nom de « théorie intégrale du tout » :

« Les mystiques et les sages savent depuis longtemps qu’il existe un champ cosmique reliant tout à tout, au plus profond de la réalité. Un champ qui conserve et transmet l’information. Il est connu sous le nom de « champ akashique » ou « champ A ». De récentes découvertes en physique quantique indiquent que celui-ci est réel et qu’il a son équivalent dans le champ du point zéro qui soustend l’espace comme tel. Ce champ consiste en une mer subtile d’énergies fluctuantes à partir desquelles tout émerge : les atomes, les galaxies, les étoiles, les planètes, les êtres vivants, et même la conscience. Ce champ du point zéro est la mémoire constante et éternelle de l’univers. Il conserve les données de tout ce qui ne s’est jamais produit sur la Terre et dans le cosmos, et met celles-ci en corrélation avec tout ce qui doit arriver. »

Ce champ d’information sous-tendant la manifestation du réel corrobore l’intuition philosophique de l’unus mundus.

Ce concept scientifique a mis longtemps à émerger, tant la prédominance du modèle newtonien était forte. Dans une de ses nombreuses conférences, le docteur Laszlo précise que ce concept « surpasse les limites de l’espace et du temps » et qu’il faut envisager l’évolution selon « un quantum holistique où tout serait en résonance quantique ». Il prétend également que contrairement au modèle de Darwin, l’évolution ne s’est pas faite à petits pas, mais qu’il y a eu des « bifurcations évolutives ».

Que des connaissances se soient transmises de façon immédiate, par exemple au sein d’une même espèce, sans qu’il y ait eu possibilité de communication physique directe, n’est pas sans évoquer la théorie des « champs morphiques » ou « champs de forme » du biochimiste Rupert Sheldrake. Sinon, comment expliquer par exemple que nos abeilles confrontées au problème du frelon asiatique aient adopté si rapidement la technique développée par leurs lointaines consœurs, à savoir l’hyperventilation pour provoquer la mort du tueur en série ? À l’habituelle relation de cause à effet — apprentissage par copiage en voyant réagir les insectes déjà confrontés au problème et ayant développé des stratégies de défense —, Sheldrake propose une autre logique conceptuelle : celle de la causalité formative, rendue possible encore une fois parce que l’information circule et relie tout.

On retrouve cette conception holistique du vivant chez un autre scientifique, F. David Peat, ami de David Bohm. Dans son livre La synchronicité : le pont entre l’esprit et la matière, il montre la liaison possible entre la théorie quantique et la synchronicité : « L’image suggérée par les mathématiques non linéaires est une image où l’univers apparaît comme une totalité une et indivise, et où ses structures existent en fonction d’un arrière-plan plus large. Manifestement, cette image n’est pas loin de celle qui s’applique à la synchronicité. Par ailleurs, cette approche peut éventuellement intégrer l’esprit, puisque la conscience elle aussi peut être considérée comme provenant d’un plan plus profond, commun à la fois à l’esprit et à la matière. En ce sens, donc, on peut voir les modèles déployés de l’esprit et de la matière, qui sont observés lors d’un événement de synchronicité, comme émergeant d’un principe unique. […] Il est possible d’imaginer un univers où le physique et le psychologique ne seraient plus séparés, et où la synchronicité serait complémentaire de la causalité. »

On retrouve l’un des postulats de la psychophysique imaginée par Jung et Pauli. F. David Peat esquisse dans ce livre l’évidence d’un principe fondamental, d’un ordre caché sous la surface du réel.

(extrait du livre Synchonicité Hasard ou Providence ? de Marie-Thérèse Larrée, Diffusion Traditionnelle, 2019)