Les mystères intérieurs du cerveau – le système limbique

Les émotions 

Vous êtes-vous jamais demandé quand ou comment vous aviez d’abord appris à prendre plaisir à la présence d’autres personnes ? Ou bien quand vous aviez appris la peur ? Ou quand vous avez fait l’expérience de la colère ? Comment vous vous êtes trouvés capables de connaître l’état mystique ou spirituel de conscience ? Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez réalisé que vous faisiez l’expérience de la beauté transcendante ?

Les émotions et la mémoire instinctives sont orchestrées par le système limbique, une structure étroite en forme de fer à cheval entourant le thalamus, la tête du bulbe. Le système limbique et le bulbe avec les structures thalamiques et hypothalamiques forment ce qui peut être appelé le cerveau intérieur. La mémoire instinctive et les expériences émotionnelles proviennent d’une conscience si profonde dans ce cerveau intérieur qu’elles semblent presque inconscientes. Ces instincts et ces expériences nous font dépasser la capacité raisonnable du cortex du cerveau extérieur pour parvenir à des conclusions logiques, ou pour former des métaphores artistiques ou appréciatives auxquelles nous prenons plaisir consciemment. En raison de leur nature particulière, nous interprétons habituellement ces expériences profondes du cerveau intérieur comme des expériences transcendantes transpersonnelles, instinctuelles, mystiques, subconscientes.

Le cerveau intérieur est situé au-dessous des deux hémisphères du cortex cérébral. Le cortex ressemblant aux deux moitiés d’une noix forme la partie la plus extérieure du cerveau humain. Chaque moitié du cortex est quelque peu spécialisée en vue de modes de pensée rationnels ou métaphysiques. Le cerveau intérieur complète cette dualité corticale en rendant possible l’intégration harmonieuse de l’expérience humaine.

Le cerveau intérieur dirige la plupart des fonctions physiques du corps. Il sait instinctivement comment faire fonctionner le système digestif, comment régler la pression sanguine, comment gouverner la température du corps et coordonner des réactions telles que les éternuements, les succions, les bâillements, la toux et la respiration. Le cerveau intérieur peut, par exemple, permettre à l’individu de glisser dans l’inconscience quand la souffrance devient si intense que le cerveau conscient ne peut plus tolérer le stress. Le cerveau intérieur peut amener l’individu à s’évanouir dans un moment de terreur ou d’embarras, ou bien il peut temporairement inhiber la communication avec le cortex extérieur dans des cas de maladie, de coma, d’accident ou de paralysie.

Des modèles de conduite 

Le cerveau intérieur est ancien. On le trouve chez tous les animaux vertébrés. La partie limbique de l’ancien cerveau donne le départ à des activités de groupe telles que des routines et des rituels, des attitudes trompeuses et des habitudes qui répètent le même procédé ou modèle instinctif.

Sans la médiation du système limbique, l’homme serait la victime de réactions automatiques instinctives découlant de ce que le neurobiologiste Paul Mac Lean appelle le R-Complex. Le R-Complex est la région la plus primitive, la région « reptilienne » du cerveau intérieur. Le travail de la partie reptilienne du cerveau intérieur peut être illustré par les réactions d’automates de membres de comités qui sont appelés à prendre part à la controverse. De telles personnes ont tendance à avoir des mouvements du corps raides comme ceux d’un reptile, en même temps que des points de vue inflexibles. Le psychologue Carl Gustav Jung, en observant ce comportement de groupe, semblable à celui d’un reptile, se moquait en disant : « Ne savez-vous pas que si vous choisissez une centaine des individus les plus intelligents du monde, et si vous les réunissez, ils forment une foule stupide ? Dix mille auraient l’intelligence collective d’un alligator. » Le Dr. Jung se référait à l’abaissement collectif du seuil de conscience jusqu’à l’instinct primitif de tuer ou d’être tué. Quand le comportement de masse prend le dessus, le système limbique est incapable d’agir comme médiateur entre nos centres d’appréciation plus récents et les anciens instincts.

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Certains peuvent proclamer que les hémisphères corticaux sont « la mère de l’invention » et « le père de la pensée abstraite », mais beaucoup de relations entre les humains sont dirigées sans avoir recours à ces bienfaits « plus élevés » du cortex. Les réactions de groupe, à la fois instructives et raffinées chez une personne, peuvent être coupées s’il y a détérioration du système limbique. Sa détérioration peut aussi interférer avec l’inclination d’une personne à former des relations significatives avec d’autres et peut-être même avec elle-même. Ce qui paraît être important dans le processus créateur d’intégration, c’est la capacité raffinée du système limbique de coordonner les différentes activités du cerveau intérieur et du cerveau extérieur.

Bien que considéré comme le « siège des émotions », le système limbique est aussi impliqué dans les sensations olfactives, dans les perceptions orales, dans le « langage du corps » et dans le comportement sexuel. Par le système limbique et ses connexions, une personne peut faire l’expérience de toute une gamme de sensations, depuis la faim et la soif intenses, la rage, la peur et le chagrin, jusqu’aux expériences de joie profonde. C’est l’étroite partie limbique du cerveau intérieur qui donne l’émotion raffinée à laquelle les Rosicruciens se réfèrent comme à l’expérience noétique. L’expérience noétique amène un sentiment d’unité avec l’univers, une perception que « c’est la vérité » ou que « c’est cela ».

Le sentiment que « c’est cela » n’est pas fourni par le côté rationnel ou le côté métaphysique du cerveau extérieur. Le sentiment que « c’est cela » peut être absent chez les gens qui souffrent de lésions du système limbique. La personne qui souffre de lésions du système limbique peut en arriver à ingérer comme nourriture des objets immangeables tels que du caoutchouc ou du savon parce que la partie limbique du cerveau intérieur qui dit « c’est cela » — « c’est de la nourriture » est hors de fonctionnement. Ceci illustre à nouveau l’importance du système limbique dans la médiation entre nos centres d’appréciation et nos instincts.

Lorsque l’espèce humaine se développa, le système limbique assuma le rôle de gardien d’entrée ou de « gardien du seuil » entre les mondes conscient et subconscient. Dans l’ancienne tradition égyptienne, le dieu à tête de chacal Anubis était le gardien et le guide au seuil entre la vie consciente et la vie subconsciente de l’après-vie. Comme Anubis, le cerveau intérieur gouverne le sommeil, les rêves et les états mystiques se produisant durant le processus d’assomption. Quand les émotions secrètes, primaires ou archétypes commencent à surgir des profondeurs intérieures, c’est notre gardien intérieur qui sélectionne les sentiments inaccoutumés auxquels il est permis d’atteindre la surface de la conscience dans le cerveau extérieur ou cortex cérébral.

Des humains peuvent jouir d’une polarité horizontale entre les hémisphères gauche et droit du cerveau extérieur. Des humains peuvent aussi manifester une polarité verticale entre les parties extérieure et intérieure du cerveau. Pour le mystique, le défi d’intégrer créativement les polarités horizontale et verticale est exaltant et conduit à l’expérience intérieure de la Rose-Croix ou de la « quadrature du cercle » dans le cerveau. En appliquant la Loi du Triangle, le défi d’intégration entraîne la réconciliation des tendances et des manières de percevoir complémentaires. Pour le Rosicrucien, la recherche mystique peut, naturellement, donner naissance à l’utilisation créatrice et harmonieuse du cerveau entier.

Mémoire et savoir 

La capacité du système limbique à déterminer que « c’est cela », que « ceci est vrai », est vitale pour la création de nos réalités mentales. En tant que « gardien du seuil intérieur », il ouvre le cœur à une nouvelle compréhension et facilite le processus conduisant au souvenir et au savoir.

Dans l’esprit humain, les perceptions présentées par les cinq sens sont comparées aux perceptions de la mémoire. Par son instrument, le système limbique, la faculté d’imagination harmonise les perceptions intérieures et extérieures. Les images créées par l’imagination deviennent alors des matériaux pour l’intellect. Ainsi l’imagination est l’intermédiaire entre la perception, la mémoire et la pensée. En effet, la pensée et le savoir sont rendus possibles par la fabrication d’images à partir de l’Âme.

Les savants ont longtemps cherché l’instrument physique dans lequel réside la capacité d’imagination, de mémoire et de savoir. Beaucoup croient que ces facultés sont situées dans le cerveau extérieur ou dans les deux lobes cérébraux. Dans une célèbre expérience, le psychologue américain Karl Lashley chercha l’insaisissable emplacement du stockage de la mémoire. Il découvrit que des rats ne souffraient pas de détérioration significative de leur capacité à retrouver leur chemin dans un labyrinthe appris, même s’il leur manquait 90 % de leurs lobes cérébraux. À partir de ce fait, et d’autres expériences, on peut établir la théorie selon laquelle chaque souvenir particulier est réparti sur le cerveau tout entier. Peut-être les images de l’imagination et de la mémoire se développent-elles dans le cerveau d’une manière analogue à celle d’un hologramme. Ce qui ressort de l’étude de nombreuses structures neurales, c’est que le cerveau compte sur des modèles de raffinement, de simplicité, d’élégance et d’intégrité croissants.

Si les images de la mémoire sont expérimentées sur la surface entière du cerveau extérieur et peut-être même sur la tête du bulbe, comment sommes-nous capable d’évoquer ces souvenirs de la mémoire qui sont importants pour nous ? Quelles sont les structures physiques qui participent à notre capacité de rappel des images par des processus d’ordre et d’association ? Pour examiner cette question nous devons faire de plus profondes recherches dans les mystères intérieurs du cerveau. Nous devons chercher dans les profondeurs des lobes temporaux du cerveau extérieur, à partir des structures qui comprennent le système limbique.

Dans les espèces primitives, la seule fonction du système limbique est la régulation du sens de l’odorat. Lorsque le cerveau devient plus complexe, le système limbique se diversifie pour régler des aspects de conduite tels que l’expression émotionnelle, tandis qu’il garde ses liens avec le système olfactif. Il est intéressant de noter qu’Anubis — le dieu Egyptien à tête de chacal, le gardien du seuil, et notre symbole pour le système limbique — a un sens particulièrement aigu de l’odorat.

La partie du système limbique qui paraît être spécialement concernée par la mémoire et le savoir est appelée l’hippocampe ou cheval marin. L’hippocampe est une structure plutôt volumineuse atteignant sa dimension maximum chez l’homme. L’architecture interne de l’hippocampe est curieuse, ressemblant à des séries de feuilles, comme les pages d’un livre. Considéré d’une autre manière, l’hippocampe ressemble à un système de circuits disposés en faisceaux. Les lignes d’arrivée des organes des sens traversent le faisceau de feuilles et entrent en contact avec les neurones (cellules cérébrales) dans chaque feuille. Les lignes de sortie relient avec le cerveau antérieur d’autres parties du système limbique, des corps mamillaires, des nucléides thalamiques et hypothalamiques — toutes ces structures participant à la construction de la mémoire et du savoir.

Image tirée du site www.neuromedia.ca

Importance pour la mémoire

Une détérioration des deux côtés des parties hippocampales du système limbique a pour résultat une forme grave d’amnésie, l’incapacité d’évoquer des images particulières de la mémoire. Le processus de sélection des images de la mémoire est affecté de manière hasardeuse. Le patient peut garder la mémoire de la perte d’un animal favori, mais ne pas garder celle de la mort d’un oncle très aimé. Ces patients peuvent faire l’expérience d’une nouvelle information dans le présent, mais la capacité de se rappeler est perdue quand l’attention se déplace. Quelques minutes après dîner les patients ne peuvent pas se rappeler de ce qu’ils ont mangé et même s’ils ont dîné.

Une détérioration d’un seul côté de la partie hippocampale du système limbique ne produit pas des effets aussi sévères. Le degré des effets paraît dépendre de l’étendue de la détérioration hippocampale. De plus, des observations cliniques indiquent que les parties gauche et droite de l’hippocampe sont concernés respectivement par les mémoires verbales et non verbales alignées sur les rôles des deux côtés du cortex du cerveau extérieur.

La mémoire d’ordre ou la mémoire spatiale est importante pour beaucoup d’animaux. Des oiseaux peuvent se souvenir des fleurs qu’ils ont déjà visitées. Des rats placés dans un labyrinthe à huit voies peuvent se souvenir de la voie qui contenait la nourriture. Des rats peuvent aussi s’en souvenir dans un labyrinthe à 17 voies, bien qu’avec davantage d’erreurs. Différentes expériences montrent qu’ils se souviennent en faisant une carte mentale. Les enregistrements électroniques faits à partir de l’hippocampe d’un rat courant librement montrent qu’il y a des cellules hippocampales particulières qui n’entrent en action que lorsque l’animal est à un point particulier dans un labyrinthe. De plus, ces cellules hippocampales entrent en action logiquement quand trois ou quatre données sont présentes, mais elles entrent en action irrégulièrement si une seule donnée est présente. D’autres études montrent que le savoir est associé aux rythmes thêta hippocampaux (4-7 cycles par seconde). Si d’un autre côté, les connexions de l’hippocampe sont endommagées, l’accomplissement est profondément diminué. Ainsi, il apparaît que l’une des fonctions de l’hippocampe est de comparer les mémoires des arrangements spatiaux. Cette conclusion est conforme à l’évidence évolutionnaire.

D’autres animaux

Les poissons n’ont pas d’hippocampe. Dans l’océan il n’y a pas de repères et les poissons sont généralement guidés par de vastes facteurs d’environnement, comme la température et la salinité. Les amphibies et les reptiles ont des hippocampes primitifs. Dès que les créatures sortirent sur la terre elles eurent avantage à se souvenir des endroits où se trouvaient la nourriture, les nids et les tanières. L’hippocampe parfaitement organisé apparut chez les premiers mammifères.

Des savants russes ont testé la capacité de différents animaux à reconnaître l’ordre dans lequel trois signaux étaient donnés. Ces signaux se composaient de sons et de lumière. Le poisson rouge ne les apprit jamais. Les tortues reconnurent parfois les signaux. Les oiseaux furent terrifiés. Les lapins, qui ont un bon hippocampe mais un pauvre cortex, eurent besoin de beaucoup de répétitions et furent facilement trompés par un changement d’ordre. Les chiens et les babouins furent parfaits. Alors que l’imagination utilise le système limbique pour harmoniser les perceptions intérieures et extérieures, la qualité de l’expérience dépend du développement des agents employés. Ainsi, en addition au système limbique, un cortex bien développé semble nécessaire pour une plus grande clarté et une meilleure réalisation des images présentées par l’imagination.

Certains chercheurs supposent que l’hippocampe est nécessaire à l’appréciation de la musique et du discours. L’hippocampe est l’outil par lequel les cartes mentales sont examinées dans un ordre sériel. Si nous essayons de trouver notre chemin, nous devons nous souvenir des éléments qui se succèdent. L’expérimentation de la musique et du discours nécessite aussi de se souvenir des nombreuses possibilités ou positions qui s’avèrent satisfaisantes. Ceci constitue le savoir. A cet égard, l’hippocampe a beaucoup de parenté avec les centres de la satisfaction et du plaisir dans le cerveau. Certaines feuilles des hippocampes peuvent comporter une sorte « d’étoile d’or » indiquant que « ceci est amusant ». 

Extrait de la revue Rose-Croix n°141, printemps 1987. Par George F. Buletzajr., Ph. D., Onslow H. Wilson, Ph. D., & June Schaa.