Nefertari reine d’Égypte, « Souveraine des Deux-Terres, l’aimée de Mout »

SECTION ÉGYPTOLOGIE

par Louis Caillaud, membre de l’Université Rose-Croix Internationale.

C’est une reine aux origines obscures qui pose aux historiens  un certain nombre de problèmes. Faute de documents suffisamment concluants, il n’est pas facile de savoir qui étaient ses parents, aucun nom ou titre ne semblant la rattacher à une quelconque lignée familiale royale. En revanche, elle apparaît en qualité de « Noble dame », ce qui suppose qu’elle aurait pu appartenir à une famille proche de la cour de Pharaon. Nefertari a pu être affiliée à la famille d’Aÿ, personnage qui avait eu une carrière assez exceptionnelle auprès du pharaon Aménophis IV (Akhenaton) et qui prendra le pouvoir à la mort de Toutankhamon. Des indices nous incitent à penser que Nefertari serait originaire du sud de l’Égypte, vraisemblablement de la localité d’Akhmin, berceau de la famille d’Aÿ. La chronologie des dates laisse penser que Nefertari n’aurait pu appartenir qu’à la seconde, voire la troisième génération de Aÿ. D’un autre côté, des documents laissent supposer que Nefertari pourrait être la fille d’un certain scribe royal et militaire de haut rang, du nom de Nakhtmin, sous le règne de Toutankhamon. En dernière hypothèse, Nefertari serait née de Tia, fille de Touy et de Séthi Ier, ce qui en faisait la soeur aînée de Ramsès II, et aurait épousé un fonctionnaire du royaume portant également le nom de Tia.

Lorsque Ramsès II monte sur le trône d’Égypte, Nefertari apparaît déjà comme la « Grande Épouse » en titre et favorisée par le destin en mettant au monde le « premier fils né de sa Majesté », successeur potentiel de Ramsès II. Cette naissance vaut à Nefertari de porter le titre de « Mère du (futur) roi ». Quant au jeune prince, il porte le nom de Amonherkhepshef, « Amon est sur sa droite ». Cette naissance allait placer Nerfertari en position de préséance par rapport à la seconde épouse royale Isis-Nofret qui, en premier, avait donné naissance à une fille du nom de Bentanat, « Fille de la déesse Ana » puis à trois fils connus : le prince Ramessou, « Rê l’a enfanté », le prince Kaemouaset, « Celui qui apparaît en gloire », et Mérenptah, « l’Aimé de Ptah ». C’est ce troisième fils qui montera sur le trône d’Égypte à la mort de Ramsès II.

De son côté, Bentanat épousera son père et prendra le titre de « Grande Épouse royale ». À Karnak, à l’entrée du temple, elle est représentée appuyée sur les jambes du colosse de Ramsès II. La seconde fille d’Isis-Nofret, Merytamon, « l’Aimée d’Amon » épousa Ramsès II vers la moitié du règne de son père ; elle est désignée « Grande Épouse royale, Maîtresse des Deux-terres, Souveraine du Sud et du Nord ». Ces deux épouses ont leur « Demeure d’éternité », dans la Vallée des reines.

Nerfertari aurait donné six enfants connus à son époux royal, Ramsès-Ousermaâtrê, « La justice de Rê est puissante ». Son premier né mourut très jeune, et le deuxième, Setherkhepshef, « Seth est placé à sa droite » occupa les fonctions de chef des secrets du palais et administrateur du Double Pays. Le troisième fils est connu sous le nom de Reherounemef, « Le dieu est sur son bras droit », il a cumulé les fonctions de scribe royal et de chef des archers. Viennent deux autres fils du couple royal : le prince Méryrê, « l’Aimé de Rê », nous ne lui connaissons aucune fonction de rang, néanmoins dans le temple de Louxor, il est représenté à la bataille de Qadech avec son père. Mais à cette époque avait-il atteint l’âge de combattre ? Nefertari a eu à traverser des deuils marqués par la mort de ces trois derniers princes. Restait donc le dernier né des fils de Ramsès, Méryatoum, « l’Aimé d’Atoum ». À Héliopolis, « le Temple du Soleil », ce jeune prince avait commencé une carrière sacerdotale brillante, et après la mort de sa mère, il reprit son activité religieuse à Héliopolis où il exerça la fonction de prêtre ouab et de préposé aux Mystères. Puis, vers l’an 26, il reçut la charge suprême de « Grand-des-Voyants » qui le plaça premier pontife du dieu Rê, charge qu’il assuma durant une vingtaine d’années.

En dehors de ses fils, Nefertari donna naissance à deux filles connues, Nebettaouy, « la Dame des Deux-Terres » qui succéda à sa soeur Merytamon, en tant qu’épouse royale. Il est probable que la princesse Merytamon ait appartenu à la génération des enfants née avant le couronnement de Ramsès II. Elle reçut une éducation religieuse la préparant à pouvoir un jour assumer sa charge d’« Épouse d’Amon », son nom étant « l’Aimée d’Amon », mais aussi celle d’épouse du pharaon, son père. Dans le temple de Louxor, elle se signala comme exerçant la fonction de prêtresse et de chanteuse d’Hathor-Isis. C’est vraisemblablement entre les années 24 et 26 du règne que Merytamon, fille de Ramsès et de Nefertari, se maria avec son père, faisant d’elle une « Grande Épouse royale ». Faute de documents concluants, nous manquons de précisions sur la mort de la reine Nefertari, ainsi que sur les causes de son décès. La formulation d’hypothèses laisse à penser que Nefertari disparut au cours de l’an 26, c’est-à-dire à une époque où son fils Meryatoum venait de prendre la charge de « grand Prêtre » à Héliopolis. Des témoignages d’affection ont été relevés, rendus par ce fils, avant que sa mère ne quitte ce monde pour rejoindre sa Demeure d’éternité. Quant à Ramsès II, il devait avoir un peu plus de cinquante ans à la mort de Nefertari, « l’Aimée de Mout, Épouse royale, Maîtresse des Deux-Terres ». Il mourut en l’an 67 avant notre ère, le 18e jour du premier mois de la saison des inondations, Akhet.